Je lis avec un intérêt particulier un chapitre du livre de Ségolène Royal "Ma plus belle histoire, c'est vous". Le titre n'est pas mon favori, remake tronqué d'une merveilleuse chanson de Barbara "Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous" que j'ai encore dans l'oreille rien qu'à écrire ces mots. Mais le livre lui-même est intéressant.

Le chapitre en question a trait aux sondages, à leurs questions inductrices de réponses, mais aussi à de nouvelles agences qui ne s'adressent plus à "un panel représentatif" mais à des interlocuteurs recrutés, payés et disponibles pour ce qu'on attend d'eux. C'est le cas d'une agence "OpinionWay", largement mise à contribution pendant la campagne présidentielle et depuis lors.

Replaçons-nous au moment du débat d'entre deux tours entre Ségolène et Sarkozy. Les jeux étaient pratiquement faits, l'enjeu était pourtant de montrer la capacité de la candidate, et la réalité de ce qu'elle portait. Je l'ai écouté, avec un certain nombre sans doute des lecteurs de ce blog, à la salle Son Tay, où Jacques Respaud avait eu la bonne idée de réunir les militants et sympathisants socialistes qui avaient plaisir à se retrouver et à discuter ensuite.

Le débat a été incontestablement à l'avantage de SR, malgré une colère un peu longue qui l'a désservie. Des sympathisants de droite m'ont dit simplement qu'ils l'avaient trouvée bonne et que Sarkozy avait à plusieurs reprises été mené, voire décontenancé.

Surprise le lendemain : un sondage d'OpinionWay, envoyé aux médias dans la nuit, proclamait NS plus convaincant sur tous les sujets essentiels, ne laissant à Ségolène que quelques bribes sur les sujets "de proximité" ou "de société". Rien de commun avec ce que nous avions écouté.

Gros titres des journaux, annonces des radios et télé, les uns et les autres embrayant, les chiffres publiés à dessein dans la nuit. Le but était atteint : le public était dérouté, les téléspectateurs de droite se reprenaient et pensaient qu'ils avaient eu tort de douter; ceux de gauche se mettaient à douter : eh, oui, finalement, elle a eu des moments faibles...

Tout ce chapitre est d'une grande justesse. Personne n'a intenté de procès à Ségolène : il n'y a pas matière. Elle ne dit pas qu'elle a été la meilleure, elle montre que cela ne pouvait changer le résultat. Son analyse nous aide à aiguiser, et aiguiser encore notre sens critique, et chaque jour, envers notre équipe, comme envers toute autre, a avoir notre propre jugement.

Quelqu'un que je connais dirait : à rester droits dans nos bottes. Disons, dans nos ballerines ou dans nos baskets...